Un nouveau mur se lézarde en secteur nord de la plage des roches noires et menace de s’effondrer. Ce n’est qu’un énième mur de plus, construit pour protéger la propriété humaine qui, sur ce type de littoraux, s’avance imprudemment sur les territoires de la mer. 

Au cours des dernières décennies, la mode dite « pieds dans l’eau » a été très lucrative pour les constructeurs et propriétaires. Elle s’est opérée dans le grand silence des responsabilités concernées, au mépris des lois en vigueur et de la connaissance du fonctionnement des littoraux.

Les actualités nous montrent tous les risques qui découlent de cette ruée vers la mer tant à La Réunion qu’en France métropolitaine ou dans le monde.

Localement, l’actuel événement n’est que le prolongement du dernier effondrement des murs surplombant la plage des Roches Noires. Ces derniers avaient déjà connu au moins deux épisodes précédents de dégradation suivis à chaque fois d’une reconstruction plus imposante même si on en soignait l’esthétique. Les causes affectant les constructions en haut de plage sont comprises par les scientifiques sédimentologues de l’Université de La Réunion depuis le début des années 80 et les risques qui en découlent avaient été annoncés. Par la suite, lors des réflexions préalables à la construction du nouveau port de Saint-Gilles, ils purent également préciser au bureau d’études qui les avaient sollicités la complexité du fonctionnement hydrodynamique et sédimentaire du site. En pure perte car les attentes et les pressions étaient telles que l’on n’a pas pris en considération les fortes recommandations formulées. Il s’est agi en effet de répondre au plus pressé, à savoir livrer un port dont on puisse se féliciter. Des enjeux politiques plus que des délais financiers ont prévalu à l’époque...

Deux décennies plus tard, est donc arrivé ce qui devait arriver : une promenade urbaine de bord de mer s’est écroulée et tout un ensemble de plages est menacé par l’érosion marine.  

La catastrophe rendue inéluctable par la faiblesse des réflexions s’est donc produite.

Pour y remédier, la pose d’enrochements lourds s’est imposée. Ces ouvrages, bien qu’onéreux, sont une solution pour figer une ligne de côte sur sa position mais ils sont également très déstabilisateurs pour les mouvements sédimentaires en leurs pieds et sur les zones limitrophes. Cela d’autant plus que sur la plage principale proche, des remaniements artificiels des sables se perpétuent à coups de tractopelles pour essayer de corriger le risque créé sur le plan d’eau portuaire par un endiguement de la ravine. En effet, afin d’éviter le débordement de la ravine prévu à l’origine dans le bassin du port, le cordon dunaire à l’embouchure de la ravine est éventré pour faciliter l’écoulement de l’eau vers la mer. Ces sables labourés et transportés sont ainsi rendus plus sensibles aux effets d’arrachements de la houle qui les drainent et qui les mettent hors de portée de la dynamique sédimentaire naturelle. Ils ne viennent plus engraisser les plages plus au Nord.

Aujourd’hui, par effet dominos ou d’engrenage, ce nouvel affaissement de mur préfigure le sort que connaitront les murs voisins, un jour ou l’autre et de proche en proche. A quelle vitesse ? Difficile de le dire ; la mer et ses colères ont tout leur temps. Mais à la lumière des événements actuels, le temps est venu où les enrochements ne peuvent que s’étendre, se généraliser, enlevant au paysage littoral actuel tout son pittoresque, sa spécificité.

 Avec un peu de cynisme, on pourra peut-être se consoler en acceptant plus facilement le bienfondé du nom des « Roches Noires » pour ce secteur… Sauf si les roches basaltiques laissent la place à des blocs de ciment de formes diverses et colorés …

Plus sérieusement, espérons que d’autres littoraux plus ou moins voisins ne deviennent pas à leur tour des victimes du manque d’anticipation et de l’inertie de la part des décideurs successifs.