Le 23 septembre prochain, le Secrétaire Général de l'Organisation des Nations-Unies , Ban Ki-moon, invite les « leaders » mondiaux des gouvernements, de la finance, des affaires et de la société civile au Sommet du Climat 2014 à New-York « pour galvaniser et catalyser l'action climat ». Il a demandé à ces leaders de présenter des annonces et des actions associées qui réduiront les émissions des gaz à effet de serre, renforceront la résilience climatique et mobiliseront la volonté politique pour un agrément légal significatif en 2015 (sommet de Paris).

C'est pourquoi, le 21 septembre prochain, dans de nombreux endroits de la planète, des représentants de la société civile (dont localement l'association Vie Océane) manifesteront leur volonté de voir mieux prises en compte les conséquences dramatiques probables d'un changement climatique maintenant avéré, et la nécessité impérative d'agir très rapidement notamment pour substituer à l'utilisation des énergies fossiles très polluantes celle des énergies renouvelables.

Les conséquences d'un réchauffement planétaire nettement accéléré depuis près d'un siècle, avec des perspectives d'élévation globale de la température de plus de 4 voire 5°C d'ici 2100 (l'âge de grand-père qu'auront nos enfants nés aujourd'hui), augure de transformations de notre environnement terrestre considérables et même difficiles à imaginer tant l'échelle des phénomènes est grande. Parmi ces conséquences, qui sont susceptibles de bouleverser les territoires les plus vulnérables, dont les îles océaniques, citons les récents propos des représentants de la Commission de l'Océan Indien:

    des phénomènes météorologiques plus intenses (cyclones, inondations, sécheresses...) ;

    la salinisation des terres et des réserves d’eau douce, déjà limitées ;

    la propagation plus rapide des maladies infectieuses (paludisme, chickungunya, dengue...) ;

    l’accélération de l’érosion des terres agricoles sur les côtes et dans les bassins versants ;

    les glissements de terrains ;

    le blanchissement des coraux ;

A propos de ce dernier phénomène, ce sont plusieurs causes conjointes qui amplifient de nos jours la dégradation accélérée des récifs : élévation excessive de la température, acidification du milieu qui réduit la calcification des coraux, augmentation de la turbidité des eaux (pluies accrues et augmentation du ruissellement du fait de l'urbanisation, érosion des sols), pollutions multiples et chroniques, surexploitation des espèces et destructions directes des colonies coralliennes.

Il est prédit que dans les conditions actuelles et futures d'une exploitation intense des réserves de pétrole (épuisables comme toute réserve...), le niveau moyen de la mer s'élèverait de 26 à 59 cm. Même avec les projections les plus optimistes, cette élévation moyenne serait de 10 à 24 cm. Sur plusieurs siècles, elle atteindrait plusieurs mètres.

A ces bouleversements, les populations des îles de la COI seront confrontés, dans un futur plus ou moins proche. Qu'en est-il aujourd'hui à La Réunion des prévisions, des annonces et des actions pour conduire la population vers un mode de vie « vertueux » en matière de réduction de la pollution et des impacts destructeurs sur les milieux naturels?

En 2011, l'habitant réunionnais « moyen » se situait à un niveau d'empreinte écologique carbonée de 5 Tonnes d'Equivalent CO2 par an contre 12 Tonnes pour le français « moyen ». Si la comparaison est à notre avantage (climat favorable et absences d'industries obligent),  nous sommes encore loin du but des 2 Tonnes par habitant en 2050 préconisé dans le plan climat mis en œuvre par  nos gouvernements successifs. L’île de La Réunion reste aujourd'hui très dépendante de l’extérieur pour sa consommation d’énergie : elle doit en particulier s’approvisionner en énergies fossiles qui représentaient , en 2010, 87,5% de la consommation énergétique locale, dont 64% alloués aux transports et 22% à la production d'électricité (centrales thermiques). Voilà qui pèse fondamentalement sur le bilan carbone réunionnais !

L'intention d'arriver à l'autonomie énergétique en 2025 a été affichée par la précédente gouvernance régionale ; elle a été repoussée à 2050 par la nouvelle gouvernance : réalisme, déficit de motivation et de courage politique, dépendance vis à vis des lobbies industriels et financiers du pétrole, de l'automobile, des travaux publics ? Toujours est-il que la priorité reste d'évidence à des grands projets (tels que celui de la Nouvelle Route du Littoral), s'inscrivant dans le mode de développement traditionnel et polluant caractéristique d'économies ancrées sur l'utilisation des ressources énergétiques fossiles ; devenues, oh combien, l'objet de conflits armés permanents. Qu'y a-t-il là d'un développement durable quand notre planète est ainsi malmenée ? Afors tan alé a lo kalbas i pète !

En dépit des discours, des effets de communication, de la propagande démagogique, des grandes messes médiatisées, le pouvoir politique quel qu'il soit, se montre bien frileux pour changer de cap ! Le représentant des Nations Unies lors de la conférence climat-énergie en juin dernier à Saint-Denis s'exprimait ainsi :

« La complaisance n’est plus à l’ordre du jour. Il est urgent de trouver des solutions pour préserver notre biodiversité et proposer un nouveau modèle pour remédier aux émissions des gaz à effet de serre et à l’épuisement des ressources en gaz naturel et en pétrole. Toutes les remontées d’informations que nous avons font état d’un danger imminent qui va se traduire par des catastrophes naturelles induites par le réchauffement climatique. Nous devons trouver des solutions pour relever le défi de réduire de 10 % nos émissions. Pour cela, un nouveau capitaine mondial est requis pour asseoir un leadership, une gouvernance capable d’impulser un changement de cap à même de remodeler nos économies et nos modes de consommation. Nous devons par exemple adopter des modes de production agricoles plus durables qui puisent du carbone plutôt que d’en produire et qui font la part belle aux énergies renouvelables. Mais ces mesures seules ne peuvent suffire, il nous faut aussi ralentir notre course et planifier la décroissance de certains secteurs économiques dans les pays riches. »

S'engager aujourd'hui c'est résolument décider de réduire la consommation d'énergies fossiles ; c'est économiser à la source l'importation de produits polluants, dérivés pour la plupart de l'industrie pétrolière et qui produisent une inflation galopante de déchets qui sous une forme ou sous une autre impactent la qualité de notre environnement. La dégradation constatée depuis quelques décennies du littoral, des lagons et du récif, qui protège les terres et nourrit les hommes, est le résultat direct de ce mode de développement.

Ouvrons notre société sur une croissance qualitative  en sachant abandonner des habitudes d'enrichissement matériel et de consommation galopante. Jouons la solidarité, l'esprit citoyen, le respect de notre terre et de notre océan, louons l'harmonie plutôt que la compétition : l'image de La Réunion en sera grandie et nous serons fiers d'en être les artisans-dépositaires.