blog.Vie-oceane

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mercredi 7 juin 2017

Résultat de la consultation opérée par la préfecture :"avis sur l'ouverture de la pêche aux requins bouledogue et tigre dans la zone de protection renforcée de Boucan canot"

" La consultation du public effectuée via le site de la préfecture a rencontré un important succès puisque près de 10 000 courriels ont été reçus majoritairement de la Réunion mais aussi de la métropole et de l'étranger. Sur 9 975 avis reçus, 7971 étaient opposés au projet (81.55%), 1793 (18,35%) favorables et 11 (0,1%) ne se prononçaient pas."

Extrait du courrier provenant du Directeur de la DMSOI (Direction de la Mer Sud de l'Océan Indien).

jeudi 1 juin 2017

Une raie guitare échouée à Etang sale

mardi 23 mai 2017

Des récifs coralliens en bonne santé : une solution à la crise requin

Les récifs coralliens de La Réunion sont impactés depuis plusieurs dizaines d’années notamment par des arrivées d’eau douce plus nombreuses, par une urbanisation croissante du littoral et une pêche mal contrôlée. Les récifs résistent mais les taux de recouvrement corallien diminuent et les différentes communautés récifales ne sont plus représentatives de récifs en bonne santé.

L’image pourrait être celle d’une forêt tropicale où les arbres sont encore debout mais où les branches et les oiseaux se raréfient…  

Lagon d’Etang salé 1-09-2015

La Réserve Naturelle Marine de La Réunion s’efforce depuis plusieurs années de protéger les récifs, mais les impacts liés aux différentes activités humaines sont encore trop nombreux et il est par exemple difficile de canaliser une quantité croissante d’infiltration d’eau douce provenant du bassin versant. Ces eaux finissent dans les lagons et contribuent à la mauvaise santé des coraux.

Les poissons récifaux ne sont plus représentatifs d’un récif en bonne santé : leur nombre et leur taille sont très inférieurs à ce que l’on pouvait trouver auparavant à La Réunion et qui est encore visible sur un récif florissant.

 

Boucan canot -2017
Une richesse de la vie corallienne qui n’est plus visible à La Réunion

Les récifs coralliens réunionnais sont en mauvaise santé… et pourtant, ils font partie de la solution à la crise requin ! 

Lorsque les bancs de poissons sont importants et diversifiés sur un récif corallien, des prédateurs comme les grands requins peuvent s’alimenter convenablement à partir de cette ressource disponible et, par voie de conséquence, le risque d’interaction dangereuse avec l’homme diminue d’autant. Au contraire, un habitat dégradé réduit les proies potentielles et entraine des modifications du comportement de certains requins opportunistes, notamment des requins bouledogues, qui peuvent ainsi créer un danger pour des usagers.

ïles Eparses 2013

 La pêche de ces requins est-elle une réponse ?

A court terme elle peut donner cette impression, mais elle ne peut être une solution définitive dans la durée pour différentes raisons.

Il parait difficile d’évaluer la diminution du risque en le corrélant au nombre de requins pêchés puisque les comportements varient d’un individu à l’autre.

Plusieurs publications montrent que les requins apprennent et sont notamment capables d’enregistrer les sites où ils trouvent régulièrement de la nourriture. Certaines espèces et certains individus apprennent également à ne pas se faire reprendre après avoir été relâchés. Une population de requins peut également apprendre les uns des autres par transfert d’informations et en adoptant des stratégies collaboratives… Les sites régulièrement appâtés pourraient donc être mémorisés et intégrés dans le parcours quotidien de certains requins, d’autant que ces sites sont générateurs de déchets de pêche et que seuls 6% des appâts utilisés sur les drumlines (cf. caprequin2) permettent de capturer une des deux espèces de requins ciblés. La plupart des appâts sont perdus, « dé-prédatés », intacts, mordus,…  et nourrissent vraisemblablement des requins non capturés.

Nouvelle Calédonie -2010

La pêche présente également plusieurs autres problèmes :

Dans le cadre de Caprequin2, 7 prises sur 10 effectuées sur les drumlines ne concernent pas les requins ciblés et ces prises accessoires sont pour la plupart relâchées vivantes, sans observateur indépendant pour le confirmer. Et dans quel état ?

Une prise accessoire relâchée blessée peut aussi avoir un rôle attractif pour un requin dont le comportement et les différents sens ont justement évolué pour détecter ce type de proie en détresse. Les prises accessoires qui se débattent et émettent des signaux de détresse pendant plus d’une heure avant qu’un pêcheur n’intervienne, peuvent également avoir un rôle attractif auprès des espèces de requins ciblés.

De plus, il faut souligner que le rôle des espèces correspondant aux prises accessoires (carangues, autres requins, raies,…) est primordial pour la reconstitution de l’écosystème et le retour à un équilibre écologique des récifs coralliens.

 

Banc de Carangues

Pour minimiser, d’une part l’impact sur les prises accessoires en milieu récifal et, d’autre part, le risque de mémorisation par les requins des sites régulièrement appâtés à proximité des zones balnéaires, il serait préférable de déployer des engins de pêche sur des sites où les études et observations ont révélé une fréquence de présence plus importante de requins bouledogues : baie de Saint Paul, étang du Gol, Est de l’île… Dans ce cas, la palangre horizontale est deux fois plus efficace que les drumlines (cf. Caprequin 2) et moins coûteuse. Si l’Etat et les différentes associations pro-pêche souhaitent réguler la population de requins bouledogue, il est préférable de pêcher dans ces zones pour impacter tous les individus, matures et immatures. Mais, il sera malgré tout difficile de donner une estimation de la diminution du risque, à moins d’exterminer la population de requins bouledogues tout autour de l’île, ce qui, en dehors de son caractère impensable, serait difficile à réaliser car l’effort de pêche devrait être intense, et être prolongé même lorsque le nombre de capture aura considérablement diminué.

D’autre part, des individus pourraient venir occasionnellement ou régulièrement de l’extérieur de l’île. Des études génétiques en cours sont nécessaires afin de valider ou non cette hypothèse.  Il a bien fallu que des individus à l’origine de la population actuelle arrivent à La Réunion ! On peut difficilement penser que ces déplacements d’individus en dehors ou vers La Réunion n’existent pas. Certains individus peuvent circuler dans l’océan Indien comme de nouvelles études sur la connectivité entre les hauts fonds sous marins et les îles le laissent entendre.

 Si la pêche est une solution envisagée par l’Etat à court terme, l’effort de pêche devra donc être continu et préférentiellement dans les zones fréquentées par les requins bouledogues. Néanmoins, il se posera toujours la question des indicateurs permettant à l’Etat de lever l’arrêté d’interdiction de baignades en mer ouverte.

Une limite à « l’occupation de la colonne d’eau »

Derrière l’argument de « l’occupation de la colonne d’eau » se trouve une demande de réouverture à la pêche sous marine dans certaines zones de protections renforcées de la Réserve.

D’autres activités au sein de ces zones (plongées, apnée, canoë,…) et qui occupent la colonne d’eau, sont actuellement bien développées. Si l’on compare l’évolution du nombre de personnes occupant la colonne d’eau depuis 30 ans, il y a une augmentation constante et régulière des différentes activités nautiques et de la présence humaine dans le milieu.

En quoi la réouverture à la pêche sous marine pourrait contribuer à diminuer les risques d’interaction entre requins et activités nautiques ? De nombreuses observations en milieu récifal prouvent le contraire : la détresse d’une proie fléchée, les poissons frais accrochés à une bouée pendant plusieurs heures,… sont des stimuli potentiels d’attractivité pour les requins éventuellement présents dans la zone et peuvent mettre en danger les pratiquants de cette activité.

Quid de l’argument «garde-manger » affectée aux zones coralliennes de la Réserve marine ?

 Les dernières études montrent que la taille et le nombre de poissons récifaux dans les zones les plus protégées de la réserve sont encore aujourd’hui très inférieurs à ce que peut présenter un récif en bonne santé. Il n’y a donc pas de « garde-manger », et ce n’est pas dans les zones protégées de la réserve que les requins bouledogues vont trouver la ressource nécessaire à leur alimentation quotidienne. Ces requins bouledogues sont potentiellement en état de stress alimentaire, vu la diminution des ressources disponibles autour de l’île, et certains individus opportunistes s’adaptent et élargissent leur régime alimentaire. Les déchets de pêche et les abats d’animaux terrestres retrouvés dans les estomacs de certains individus montrent cette capacité à s’adapter. On peut aussi penser - et regretter - que certains spécimens se soient également habitués à intégrer sur leurs parcours de recherche alimentaire des stimuli attractifs tels ceux produits par les activités sur les spots de surf.

Le milieu récifal réunionnais est dégradé et la solution à la crise requin n’est pas de le déséquilibrer davantage en l’impactant par la pêche, ses prises accessoires, ses déchets, la chasse,…. Le retour à un milieu récifal équilibré est la meilleure protection contre les requins bouledogues à long terme et il faut pour cela se donner les moyens d’y arriver.

 

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